C'est moi qui éteins les lumières
EAN13
9782843045561
ISBN
978-2-84304-556-1
Éditeur
Zulma
Date de publication
Collection
Littérature française
Dimensions
12 x 2 cm
Poids
350 g
Langue
français
Langue d'origine
persan
Code dewey
850
Fiches UNIMARC
S'identifier

C'est moi qui éteins les lumières

De

Traduit par

Zulma

Littérature française

Indisponible

Ce livre est en stock chez 2 confrères du réseau leslibraires.fr,

Cliquez ici pour le commander
"C’est moi qui éteins les lumières", immense succès en Iran à sa parution en 2001, se présente un peu comme une sorte de saga de la vie intime d’une Arménienne de l’exil perse, ou plutôt le journal non écrit, souvent rêvé, d’une « femme d’intérieur » aux prises avec un quotidien qui prend le visage le plus souvent éreintant et pathétique, parfois empreint d’une grâce magique, du temps qui passe.
Après deux recueils de nouvelles, le premier roman de Zoyâ Pirzâd, restitue ainsi avec une force de détails surprenante la vie de la communauté arménienne, quelque part à Abadan (ville natale de l’auteur), du côté de cette bourgeoisie de province un peu somnolente quoique soucieuse de son émancipation et toujours sourdement inquiète de son statut de minorité dans ce grand pays longtemps hospitalier.
Dans un quartier préservé de cette ville moyenne de la province du Khuzistan attachée au plus grand complexe pétrolier mondial que la guerre détruira (nous sommes dans les années soixante, avant le conflit irano-irakien), Clarisse, l’épouse et mère de famille à travers qui l’histoire se déploie, est une femme d’une profonde humanité, intelligente quoique sans le moindre quant-à-soi, d’une simplicité de cœur qui nous la rend spontanément attachante. Le lecteur s’insinue avec une manière de sensualité chagrine dans le monologue intérieur de cette femme devenue presque invisible aux siens comme aux autres à force de s’être identifiée à son statut de parfaite ménagère. Par ses yeux, il observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d’échecs et de politique, et qui ne peut se séparer de son expirante Chevrolet, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d’adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale. La vie de voisinage, l’école des enfants et le travail du père, les contrariétés d’une sœur replète en mal de mariage, occupent démesurément l’esprit et le cœur de la narratrice, laquelle ne saurait pas davantage quitter son tablier de femme d’intérieur que son œil d’observatrice amusée et aimante malgré les attaques sournoises de l’amertume. Au sein de la famille et de l’entourage, la cuisine prend presque toute la place d’une communication devenue stéréotypée avec les années. Au gré des recettes arméniennes ou perses, des parfums des épices ou de l’épluchage des légumes, la réalité prend la saveur très particulière de la vie coutumière en Abadan.
Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d’autant plus désarmant qu’il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet grâce aux relations des enfants, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l’équilibre affectif de notre femme invisible. Une grand-mère autoritaire au caractère tranché, de taille minuscule mais au verbe haut, et sa sombre petite fille Émilie encadrent le fils-père Emile, beau et sympathique quadragénaire un peu poète. Qui sont ces gens, quel drame dissimule leur sens contrasté de la convivialité ? La description de ces nouveaux venus nous vaut des pages d’une remarquable pénétration psychologique. En tout cas l’invisible Clarisse tombe insensiblement amoureuse d’Emile, lequel lui manifeste mille petits égards amicaux et finit par la prendre pour confidente. Peu préparée à ce genre d’intrusion, cette mère au foyer est si effarouchée des émois juvéniles qui l’envahissent, en parallèle à ceux de son jeune fils pour Émilie, qu’elle se perd en rêveries contradictoires.

Tout l’art de Zoyâ Pirzâd est de brosser à petites touches impressionnistes d’une grande justesse visuelle le portrait d’une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes, tour à tour filles, épouses et mères. Et, par mouvants emboîtages, de restituer la réalité de la vie d’une minorité ancestrale, celle des Arméniens d’Iran pris dans l’ambiance plus vaste d’un pays d’accueil, cette Perse à la fois moderne et antique dont ce beau et fort roman dévoile pour nous la complexité culturelle et sociale. Peintre de la vie quotidienne, penchée avec une rare perspicacité sur la condition féminine en Orient, Zoyâ Pirzâd sait créer avec une langue simple, savamment proche de l’oralité, des décors et des situations quasi cinématographiques. On se souviendra avec force par exemple de la scène de l’invasion de sauterelles sur Abadan, effrayante comme les Oiseaux d’Hitchcock par ce qu’elle peut trahir des tensions plus ou moins irréfléchies des personnages. Le roman refermé sur l’image de papillons migrateurs, on gardera longtemps en mémoire cette foule de gens qui nous ressemblent de si loin, et parmi eux en priorité cette émouvante Clarisse, femme d’intériorité autant que d’intérieur, qui nous fait irrésistiblement penser à la romancière, à Zoyâ Pirzâd, l’Arménienne d’Iran.
S'identifier pour envoyer des commentaires.